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Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson
Le Département du Lot prête un canevas exceptionnel de Jean Lurçat
mar, 19/06/2018 - 17:23
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Pour l’exposition « Premières de cordées, broderies d’artistes, aux sources de la Rénovation de la tapisserie », présentée du 17 juin au 23 septembre 2018 à la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson, le Département du Lot a prêté un canevas de grande valeur : celui de la tapisserie « Les Hommes bleus » appartenant aux collections de l’atelier-musée Jean-Lurçat à Saint-Laurent-les-Tours (photo).

Cette œuvre rare a été acquise en 2000, elle provient de la collection d'Han Coray, personnalité forte du Zurich artistique des années 20. Tout d'abord enseignant, il fait intervenir des artistes contemporains dans les classes et ouvre ensuite des galeries à Bâle et Zurich qui deviendront de véritables pôles artistiques et lieux de rencontre pour les artistes. Collectionneur d'art africain, il présentera pour la première fois en Suisse en 1917 une exposition Dada.

C'est à cette période qu'il rencontre Jean Lurçat, alors jeune peintre. Il lui commande en 1919 cette tapisserie pour son mariage avec Dorie Stoop, fille d'un magnat du pétrole.

De 3m x 3m, probablement exécutée entre 1919 et 1924, elle a été tissée au petit point par Marthe Hennebert, première épouse de Jean Lurçat. Dédicacée dans la partie supérieure "Handor" pour Han et Dorie, elle représente trois jeunes hommes au retour de la chasse se détachant sur un fond bleu dégradé. La composition frontale et statique qui rappelle la fresque, le dessin des visages, la richesse des costumes sont très proches des portraits orientaux réalisés par l'artiste et dont certains sont exposés à l'Atelier-Musée à Saint-Laurent-les-Tours.

L’exposition d’Aubusson, consacrée aux tapisseries brodées d’artistes entre 1880 et 1950, explore les origines de la rénovation de la tapisserie au XXe siècle et met en avant les femmes restées dans l’ombre des artistes dont elles ont brodé les œuvres.

À la fin du XIXe siècle, les artistes d’avant-garde, séduits par l’esthétique de la tapisserie médiévale, cherchent à faire tisser leurs œuvres selon ces techniques. Mais celles-ci sont perdues et ces artistes n’ont ni la notoriété ni les moyens pour faire appel aux manufactures d’État ou aux ateliers privés. Ils se tournent alors vers des femmes de leur premier cercle (épouse, sœur, mère). Plusieurs des artistes exposés sont des chevilles ouvrières de la rénovation de la tapisserie, à travers le travail textile de femmes comme Marthe Hennebert, première épouse de Jean Lurçat.

Considérées comme des « ouvrages de dames », ces œuvres ont été peu collectionnées par les musées français et se trouvent aujourd’hui surtout en Hollande, au Danemark, en Allemagne ou dans des collections privées. Il s’agit donc de présenter une sélection de pièces textiles rares, souvent plus vues en France depuis un siècle. En contrepoint, des pièces textiles contemporaines montrent la réussite et l’autonomie actuelle de femmes artistes utilisant le textile pour leur création.